Véronique Besse – Hommage à l’abbé des Graviers

La Flocellière – Émouvante cérémonie, dimanche dernier, en hommage à l’abbé des Graviers.

Avec Jean-François Weill, président national de l’association des enfants de l’Oflag Xc de Lübeck, Bertrand de Villiers, responsable vendéen de l’association, et tant d’autres, nous avons rendu hommage à l’abbé Jean des Graviers, au savant, au soldat, et au prêtre. Une place porte désormais son nom à La Flocellière, dont sa famille était originaire.

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Rarement, il nous aura été donné de saluer la mémoire d’une personnalité aussi remarquable que celle de l’abbé Jean des GRAVIERS.

Avec vous, je voudrais aujourd’hui saluer en lui le savant, le soldat et le prêtre.

Le savant, tout d’abord. Esprit brillant, fin et cultivé, Jean des GRAVIERS était un érudit. Cela a été dit, il a été notamment docteur en droit canonique, professeur à la Faculté de Droit Canonique et au collège Stanislas, et juge au synode de Paris.

L’abbé des GRAVIERS était reconnu pour la finesse de ses analyses, la pertinence de ses remarques et son goût pour la transmission de ses connaissances.

En ce sens, c’était déjà un homme d’exception.

Le soldat, ensuite. Jamais il n’a manqué à son devoir envers notre pays. Mobilisé comme capitaine, Jean des GRAVIERS développait les qualités les plus hautes de l’officier français : le sens de l’honneur, le respect de la parole donnée et l’attachement à la France.

Titulaire de la Croix de Guerre, Officier de la Légion d’Honneur, Commandeur du Mérite Militaire, ses multiples décorations témoignent de son engagement à servir. A servir son pays mais aussi son prochain, quel qu’il soit.

A Lübeck, sa bravoure et son abnégation dans des conditions particulièrement rudes lui vaudront l’estime et l’amitié de tous.

Le prêtre enfin. L’abbé des GRAVIERS avait cette profondeur d’âme, cette charité qui va jusqu’au don total de soi. Il avait le sens de l’homme parce qu’il avait le sens de Dieu.

Il était convaincu de l’universalité de la dignité de la nature humaine. Il l’a pensé. Et il l’a vécu. Face à la barbarie nazie, il n’a eu de cesse de s’attacher au quotidien, et de soutenir, ceux dont la dignité était la plus menacée, la plus bafouée, ceux qui ont été la cible privilégiée de l’idéologie mortifère nationale–socialiste, à savoir les juifs.

Comme prêtre et comme camarade de captivité, il aura été un fragile mais ô combien symbolique rempart contre le totalitarisme, la sauvagerie et le recul de notre civilisation !

Comme savant, comme soldat et comme prêtre, l’abbé des GRAVIERS était un « homme d’élite », cela a très justement été écrit dans la revue de l’association flocéenne La Boulite.

Jean des GRAVIERS faisait partie de l’élite, c’est vrai, mais d’une élite telle qu’il n’en existe plus guère aujourd’hui.

Une élite dont la vocation est de servir. Et non de se servir.

Une élite qui n’est pas matérielle, oligarchique et sociale, comme on peut la connaitre aujourd’hui.

Mais une élite morale dont la grandeur d’âme se mesure au degré d’intelligence et de subtilité, à l’humilité, au courage aussi, et à l’empathie.

Une élite qui ne s’écoute pas ; et qui se reconnait à la hauteur de ses qualités intellectuelles et morales, et de son inclination à vivre selon la vertu.

Plus que tout autre, l’abbé des GRAVIERS cultivait la philia, cette amitié au sens aristotélicien du terme, c’est-à-dire dans son acception la plus noble. La philia, c’est, au sein d’une relation fraternelle, vouloir d’abord le bien de l’autre.

L’abbé des GRAVIERS aimait son prochain pour ce qu’il est et non pour ce qu’il peut apporter. Il se cultivait pour les autres, il agissait pour apporter quelque chose aux autres. Chaque acte posé devait avoir un sens.

Il ne s’agissait pas d’une vaine compassion moderne et stérile, mais bel et bien d’une réelle communion d’âme, et de condition, avec ses camarades les plus exposés, les plus humiliés ou les plus faibles, en premier lieu desquels ses amis juifs du camp de Lübeck.

Par son exemple, par son courage, par sa charité qui l’a poussé à protéger et à partager le sort de ses camarades juifs, il a porté haut l’honneur de notre civilisation.

Il aura été l’anti-barbare. Il aura montré une hauteur d’âme parfaitement édifiante.

Gardien de la Vie, quelle reconnaissance méritée, qui lui a été attribuée grâce à l’association des Enfants de l’Oflag XC de Lübeck, il y a maintenant quelques années !

Gardien de la Vie, quelle reconnaissance pour ce camarade de combat et de captivité des officiers juifs de France !

Gardien de la Vie, quelle reconnaissance pour ce savant, ce soldat et ce prêtre !

Puisse l’exemple de l’abbé des GRAVIERS mais aussi celui des officiers de l’Oflag X C, comme ce grand Vendéen que fut Jacques de VILLIERS, nous inciter à suivre leurs pas pour nous souvenir, mais aussi pour défendre précieusement ces valeurs qu’ils ont incarnées, qui font la grandeur de notre civilisation et qui en garantissent aussi l’avenir.