Quand Paris brûlait… Par Camille Pascal (Valeurs Actuelles)

 Quand l’histoire officielle, tenue en lisière par l’idéologie, veut faire oublier que la Commune fut aussi un crime contre le patrimoine parisien.

La Commune de Paris née dans un sursaut patriotique fut achevée à coups de crosse par l’armée régulière quelque part dans les allées ensanglantées du Père-Lachaise. Tout cela a été dit et maintes fois répété depuis que le Front populaire a fait du mur des Fédérés un lieu de culte.

Ce que l’on sait moins, car cette vérité a été longtemps occultée dans une Histoire officielle soigneusement tenue en lisière par l’idéologie, c’est que la Commune fut aussi un crime contre Paris. Voilà ce qu’un livre courageux et parfaitement documenté vient de révéler dans un silence médiatique coupable. Nos petites élites intellectuelles confites dans leur dévotion du progressisme n’aiment pas que l’on retourne contre lui cette arme de la repentance qu’elles ont si souvent braquée contre la France.

Dans le Brasier, publié chez Actes Sud, Nicolas Chaudun, dont le talent et l’érudition ont rendu ses lettres de noblesse littéraire au récit historique depuis la publication de l’Été en enfer, chronique de l’effondrement du second Empire, raconte ces journées terribles au cours desquelles les plus grands monuments de Paris brûlèrent comme des torches sur ordre du pouvoir insurrectionnel.

En quelques heures, l’hôtel de Salm et le palais d’Orsay furent anéantis, mais ce n’était là qu’un premier feu de joie. Le palais des Tuileries, chef-d’oeuvre de Philibert Delorme, théâtre privilégié des scènes les plus poignantes de notre roman national, fut l’objet d’un zèle fou de la part des incendiaires. Du passé il fallait faire table rase. Comment expliquer autrement les flots de pétrole déversés dans les grands escaliers d’honneur, les rideaux du salon des Maréchaux empesés d’huile et de poix, les tonneaux de poudre placés dans les caves pour fragiliser l’édifice ?

Le vieux palais de Catherine de Médicis n’avait aucune chance d’en réchapper. L’immense dôme qui coiffait le pavillon central s’effondra sur quatre siècles de grandeur française.

Karl Marx lui-même, soucieux de soigner l’image d’un soulèvement dans lequel il voyait la répétition générale de la future révolution prolétarienne, comprit le danger que représentait cette furie iconoclaste et l’expliqua par des raisons stratégiques. Plus tard, les chiens de garde de l’historiographie marxiste ont fait croire à des générations d’étudiants que ces incendies étaient la réponse d’un peuple désespéré aux massacres des fédérés par la troupe versaillaise.

Nicolas Chaudun démonte ces deux impostures, mais il consacre surtout l’essentiel de son livre au courage d’une poignée de conservateurs et de soldats qui sauvèrent le musée du Louvre où le feu avait été mis. Ces hommes guidés par Henry Barbet de Jouy et commandés par Martian de Bernardy de Sigoyer ont protégé au péril de leur vie l’immense reliquaire de notre civilisation.

Le premier sera congédié par Jules Ferry, qui termina le travail des talibans rouges en faisant raser définitivement le palais des Tuileries, l’autre fut assassiné, dès le lendemain du sauvetage, par les fédérés. J’aurai désormais une pensée pour l’un comme pour l’autre chaque fois que je franchirai les guichets du Louvre.