Les chrétiens d’Orient aiment notre pays – Par Frédéric Pons (Valeurs Actuelles)

 Présente dans le discours, souvent lointaine dans l’action, la France officielle semble enfin prendre la mesure du génocide antichrétien en Orient. La résistance de ceux du Liban — en première ligne des persécutions depuis quarante ans — n’avait suscité qu’un intérêt méfiant de la diplomatie française, une grande pusillanimité. À l’époque, un ministre socialiste affirmait qu’il fallait « rogner les privilèges des chrétiens orientaux ». Plus récemment, les mises en garde alarmistes des chrétiens de Syrie sur les risques d’un renversement brutal du régime syrien furent accueillies dans une indifférence polie. François Hollande et Laurent Fabius étaient tellement sûrs que leur stratégie du tout ou rien face à Assad était la bonne…

Les choses sont peut-être en train de changer. La barbarie islamiste en Syrie et en Irak, renforcée par la présence sur place de près de 10 000 djihadistes partis d’Europe (dont 1 400 Français), ramène les responsables à la réalité, comme si les informations des associations engagées au chevet des chrétiens d’Orient n’avaient pas suffi. Ce 27 mars, une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu devait être consacrée à leur situation, sur une initiative de Paris. Il aura fallu que l’Orient se vide de ses chrétiens pour que la France, bien après la Russie, s’intéresse à leur sort : 90 % des chrétiens ont fui l’Irak depuis 2003 ; plus de 300 000 ont abandonné la Syrie depuis 2011.

L’aide française au Kurdistan d’Irak illustre ce soutien. La France a accordé 1 500 visas d’asile aux chrétiens d’Irak et de Syrie depuis l’été dernier. Mille d’entre eux sont arrivés en France. Le 21 mars, 200 étaient solennellement accueillis Place Beauvau, en présence de François Hollande. « Je veux saluer la pleine intégration qui est la vôtre, cette volonté d’être pleinement, maintenant, ici en France, et de pouvoir apporter votre talent, votre culture et votre volonté d’être utiles à la France », leur a dit le chef de l’État. Cette attitude si inhabituelle se vérifie chaque jour. À la différence de tant d’autres réfugiés ou exilés accueillis en France, les chrétiens d’Orient mettent un point d’honneur à travailler dès que possible, à ne pas rester assistés. C’est une question de culture et surtout d’amour vrai pour notre pays.