« France, qu’as-tu fait de tes paysans ? » (Boulevard Voltaire)

C’est une noble profession que l’on abat, d’honnêtes gens que l’on pousse au désespoir, une France que l’on brade, un pays qui se meurt.

Il faut respecter son père et sa mère. Honorer ceux qui vous nourrissent et vous donnent la becquée, alors que vous n’êtes rien. Pas forcément besoin, pour cela, de croire en ce Dieu censé nous donner le pain quotidien et, même, à en distribuer le surplus à ceux qui n’ont rien, ou si peu, ou trop peu, à en croire le pape François. Il s’agit tout simplement de cette décence commune chère au regretté George Orwell.

Il serait, aujourd’hui, temps de nous en souvenir. « Nous », cette écrasante majorité de Français urbains ou péri-urbains, qui ne sont même plus étonnés de trouver, chaque jour que ce même Dieu fait, de la viande en leurs assiettes. Car derrière ce petit miracle quotidien, il y a des hommes et femmes qui travaillent dur pour désormais des clopinettes. Des gens qui souffrent, surtout : voir le taux de suicide des paysans, la peine qu’ils ont à trouver l’âme sœur. Insulte suprême : on en a même fait une émission de télé-réalité…

Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et pas la plus mauvaise tête du troupeau gouvernemental, tire la sonnette d’alarme dans Le Parisien de ce vendredi : « Plus de 22.000 exploitants au bord de la faillite… » À l’en croire, « près de 10 % des exploitations d’élevage sont, cet été, au bord du dépôt de bilan ». À plus ou moins long terme, ce sont entre 40.000 et 80.000 emplois qui seraient menacés…

Alors, toujours la même antienne, nous ne serions pas assez« compétitifs »… Mais « compétitifs » devant quoi ? Une agriculture en forme d’industrie, avec vaches, cochons et poulets élevés en usine ? Pauvres bêtes programmées pour être abattues sans avoir jamais vu le grand jour, le grand air ? Sans avoir jamais goûté bon grain et bonne herbe ? Il est un fait que ces braves animaux sont élevés pour être un jour mangés ; mais, d’ici la date fatidique, ne serait-il pas possible de les traiter humainement, si l’on peut dire en la circonstance ? Il est à croire que non.

Après, les coupables. Bien sûr, les réglementation ubuesques de la Commission européenne. Mais, surtout, les méthodes totalitaires de la grande distribution. À ce titre, ce long entretien publié par notre confrère Marianne, qui dévoile les confessions anonymes d’un des acteurs majeurs de ce racket devenu institutionnel. L’article fait froid dans le dos, surtout lorsque l’objet de ces lignes admet s’être comporté en salaud une vie durant. Paysans poussés au suicide ou à la faillite… Producteurs acculés à baisser leurs marges jusqu’au fatal étranglement. Et ces remontrances de la hiérarchie : « Si un producteur sort de votre bureau avec le sourire, c’est que vous n’avez pas fait votre job ! »

C’est une noble profession que l’on abat, d’honnêtes gens que l’on pousse au désespoir, une France que l’on brade, un pays qui se meurt.

Et si l’on peut nous permettre ce codicille : les grandes familles les plus riches de France, celles de la grande distribution, ont au moins la décence de se comporter en ordures tout en nous épargnant les leçons de morale.

Il en va tout autrement de la famille Leclerc, qui se goberge jusqu’à plus soif de catholicisme social. Quitte à se faire mettre, que ce ne soit pas avec de l’eau bénite pour lubrifiant…

Nicolas Gauthier

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