Bvoltaire.fr – Entretien avec Audrey D’Aguanno

Audrey D’Aguanno, vous êtes italienne, vous observez depuis des années la vie politique de votre pays et vous connaissez bien la France. Face à la crise, le gouvernement italien a fait passer en août une vaste réforme de l’administration publique qui fait effet de révolution vu d’ici. Peut-elle être un exemple pour la France ?

Sans parler des mesures spécifiques au pays : réduction du nombre d’agents publics locaux et de chambres de commerce régionales, démantèlement du Corps national des gardes forestiers… il y a des aspects intéressants dans cette réforme. Principalement, la simplification bureaucratique, qui entend favoriser les rapports des citoyens et des entreprises avec les organismes publics ; et l’instauration de la méritocratie dans l’administration publique. Cela vise particulièrement les cadres et hauts fonctionnaires, qui seront évalués en fonction de leurs résultats, et pourront être licenciés. Ils ne pourront plus cumuler les rôles et leur statut de fonctionnaire à vie est remis en question. Les procédures disciplinaires en cas d’atteinte à un quelconque organisme public sont facilitées.

L’administration publique étant nécessaire, il serait bon de s’inspirer des derniers points de cette réforme. Mais de là à parler de révolution…

Rien n’est encore fait, selon le droit italien, les textes d’applications devront encore être adoptés au cours des dix-huit prochains mois. Il n’est donc pas certain que ces réformes soient rendues exécutives. On se demande, de plus, quels seront les paramètres utilisés pour juger du mérite des hauts fonctionnaires, et les mécanismes mis en place pour leur applicabilité.

Peu importe, dans notre société du spectacle et d’excès de communication, il suffit que le message soit passé pour que le but soit atteint. L’important est d’entretenir l’illusion que des changements adviennent en politique.

En effet, s’il faut bien apaiser la colère populaire scandalisée par les privilèges dont bénéficient certains hauts fonctionnaires, il m’est difficile de croire que les auteurs des dites réformes s’autoflagellent, faisant des lois dont ils seraient les premiers à pâtir.

En somme, rien de bon ne pourrait sortir de nos Parlements ? De nos institutions démocratiques en général ?

Nos Parlements ne servent à rien ! 80 % de nos lois nous sont imposées, elles ne sont que des transcriptions de directives de la Commission de l’Union européenne qui, rappelons-le, n’est pas élue . En Italie, Matteo Renzi est le troisième président du Conseil à ne pas avoir été soumis à un vote ! Où est la démocratie ? C’est au-delà de nos institutions qu’il faut chercher les preneurs de décisions.

Cette nécessaire précision mise à part, oui, quelque chose de bon pourrait être le fait de nos institutions, mais certainement pas au regard de l’essentiel. Il suffit de voir l’actualité pour s’en rendre compte. On nous balance des miettes pour nous tenir tranquilles. Bien sûr, certaines de ces miettes sont bonnes. Mais ces mesures mélioratives ne sont que des ajustements pour faire perdurer un système en voie de pourrissement. Je trouve, pour ma part, que les choses vont mal dans trop de domaines. Reste donc à savoir si notre société moderne doit être simplement améliorée ou s’il faut en changer plus profondément.

À lire vos propos, ne finira-t-on pas par vous qualifier de complotiste ?

Le complotisme, c’est en effet très à la mode. C’est surtout une bonne manière de folkloriser et de ridiculiser tout opposant au système en place. Ceux qui imaginent le complot partout existent, mais une extension à tout réprobateur de la pensée dominante a vu le jour.

Ma critique de la politique politicienne peut être, certes, jugée trop sévère, mais je crois qu’il ne faut pas s’arrêter au premier impact que nous procurent les informations et s’interroger sur les véritables motivations des réformes et autres actions entreprises par nos institutions et leurs responsables. Si certains d’entre eux agissent sincèrement, pensent améliorer la société, ils le font dans le sens de faire perdurer un système dont les seuls à le vouloir encore sont ceux qui en bénéficient. C’est-à-dire plus grand monde…

Les tenants du pouvoir forment une caste qui œuvre pour le maintien de ses privilèges, et souvent au détriment du peuple. Au regard de l’Histoire, ce n’est pas une nouveauté, je ne vois pas en quoi celui ou celle qui l’affirme aujourd’hui serait un paranoïaque ou autre complotiste.

Source : http://www.bvoltaire.fr/audreydaguanno/80-de-nos-lois-imposees-ne-transcriptions-de-directives-de-commission-de-lunion-europeenne,209925

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