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Crise financière, les gouvernements désarmés face à la tourmente boursière; la désertion du politique

par Paul-Marie Coûteaux, écrivain, député européen.

Article paru dans "Valeurs Actuelles", le 16 octobre 2008

Etre libéral est le contraire d’être moderniste, écrit Péguy dans l’Argent. De ce point de vue, ce qu’il est convenu d’appeler  « la crise financière » n’est pas une crise du libéralisme, mais celle d’une « modernité » qui s’est peu à peu confondue avec la désertion de toute forme de politique et que l’incroyable inflation des normes juridiques, l’enchevêtrement indescriptible des personnes publiques et, surtout, un niveau incroyablement élevé de prélèvements devrait interdire à tout esprit de bon sens de nommer « libéralisme ».

 

La civilisation française repose depuis toujours sur une tension entre trois ordres : spirituel, politique et économique. La tension du spirituel et du temporel, ou laïcité, n’entre pas ici dans notre propos – encore que l’effacement du christianisme, contribue à l’absolutisme des logiques économiques. Mais ce qui a fait le plus cruellement défaut depuis 30 ans (1971 peut-être, avec la fin de la contrainte de la convertibilité fixée à Breton Woods), c’est la complète abdication de la décision politique et sa fuite générale dans l’anticipation financière confondue avec la croissance, dans la dépense publique - le déficit et la dette confondus avec le gouvernement des hommes (on ne décide plus, on dépense) - et dans la création de monnaie confondue avec la prospérité – aux Etats-Unis, depuis 1972, la création monétaire a été multipliée par vingt-quatre.

Depuis, « le flouze n’a plus personne en face » comme l’écrit sans plus de façon Régis Debray dans L’argent maître, titre du dernier numéro de sa revue, Médium : rien n’y résiste, pas même l’art, mais surtout pas la politique, qui, abdiquant toute autorité propre et ses signes (des lois, rarement appliquées aux serviteurs de l’Etat perpétuellement moqués, en passant par la raison d’Etat, disqualifiée, et par ce mot de « souverain » désormais réservé à… des fonds d’investissement ! ).

Problème du quinquennat, et de l’époque, aperçu le jour où M. Sarkozy partit en villégiature sur le yacht de M. Bolloré : au vu de tous, métaphoriquement, il lui donnait la barre, il se mettait entre ses mains. La confusion se prolongea sous mille formes – récemment, lors d’une réception à l’Elysée, trois « grands de la finance » se virent attribués des fauteuils, présidents d’Assemblées parlementaires et ministres étant placés derrière, sur de simples chaises…

 

 



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