Comme elles l'avaient déjà fait au plus fort de la crise de 2008, et plus récemment à la mi-septembre sans que les peuples l'apprennent, la BCE, la réserve fédérale américaine (Fed), la banque du Canada, la banque d'Angleterre, la banque du Japon et la banque nationale Suisse ont renouvelé l'opération afin que les banques ne manquent pas de liquidités jusqu'en février 2013. Certaines d'entre elles, dont la BCE, ont également décidé de poursuivre les opérations de refinancement ILLIMITE les trois mois prochains jusqu'à nouvel ordre, alors que le couple franco-allemand parle d'inscrire dans le marbre la sacro-sainte règle d'or de respect des déficits à l’occurrence de 3% du produit intérieur brut (PIB), comme cela était déjà convenu par le passé dans le pacte de stabilité et de croissance (PSC) du traité de Maastricht.
La BCE va ainsi fournir des yens, des francs suisses ou des dollars canadiens aux établissements financiers de la zone euro, en plus de dollars américains dont les banques européennes manquent cruellement.
L'effet sur les marchés a été immédiat le 30 septembre 2011 : après un début de séance en berne, l'ensemble des Bourses européennes a nettement rebondi pour terminer sur de fortes hausses. A Paris, le CAC 40 a gagné 4,22% à 3154,62 points, porté par les valeurs bancaires uniquement : BNP et Société Générale ont clôturé en hausse de 4,63% à respectivement 29,47 euros et 18,08 euros, et Crédit Agricole s'est envolé à 8,37 % à 4,74 euros.
La réaction des agences de notation ne s'est pas fait attendre. Quel effet à cette mesure que je qualifie de « sparadrap »? La transformation des manques de confiance interbancaire et donc du gel des liquidités mondiales en dettes souveraines réduit petit-à-petit les marges de manœuvres des états.
Que se passera-t-il donc après février 2013 ? L'apocalypse financière que j'avais déjà annoncé en juin 2010 ! Je le crains.
Il est temps maintenant d'être réaliste et il est clair que le modèle de libre-échange dérégulé que l'OMC a officialisé dans le traité de Marrakech doit être revu au plus vite. Un nouveau traité européen ne changera rien. Les déficits continueront à se creuser malgré les plans d'austérité qui fleurissent partout dans le monde occidental. Simplement permettront-ils de gagner du temps, mais pour faire quoi ?
Tous les analystes financiers s'accordent pour dire que le répit devrait toutefois être de courte durée et que l'angélisme de février 2013 n'est pas réaliste. « L'action coordonnée des banques centrales est une bonne nouvelle à court terme dans la mesure où elle permet de rassurer les marchés. Mais cela ne suffira pas sur le long terme. L'Europe doit maintenant régler ses problèmes structurels de gouvernance économique », à commenté M. Eric Delannoy, du cabinet de conseil Weave.
Je pense comme lui, que l'effet de remplissage momentané de la « casserole percée » sera de courte durée. Les liquidités s'échapperont des banques et nous reviendrons à la case départ, enfin non, car entre temps, nous aurons encore aggravé la situation. Par contre, la gouvernance économique de la zone euro par un organe supranational ne résoudra rien. La zone euro, créé par le traité de Maastricht, les zones mondialisées formées par le traité de fondation de l'OMC, ne sont pas des zones homogènes. Sur un fleuve dont les niveaux ne sont pas identique, il est impossible de naviguer tant que des écluses n'ont pas été mises en place. En politique monétaire, c'est la même chose. Cette analogie explique bien pourquoi la politique monétaire ne pouvait pas marcher et pourquoi la politique économique et financière mondialisée reste une utopie qui nous coutera chère.
La zone euro peine à trouver un pare-feu solide face à la crise de la dette, et le temps presse avant le conseil européen des 8 et 9 décembre, où il sera également question de revoir les règles du jeu budgétaire dans l'union monétaire : « Nous entrons dans une période critique de 10 jours pour parvenir à une réponse à la crise que connaît l'union européenne », a averti hier M. Olli REHN, commissaire européen aux affaires économiques, en marge d'une réunion des ministres des finances de l'union européenne à Bruxelles.
La zone euro va désormais lorgner du côté du fonds monétaire international (FMI), sachant que son fonds européen de stabilité financière (FESF) n'est toujours pas en mesure de jouer pleinement le rôle de rempart face à la contagion de la crise, notamment à l'Espagne et l'Italie.
Les dirigeants des états membres doivent tous comprendre que la monnaie unique a vécu et revenir au plus vite au serpent monétaire, seule alternative à une faillite généralisée annoncée.
Cela ne suffira pas. On doit en finir au plus vite avec le mythe de la libre-circulation des biens, des capitaux et des personnes dans des espaces géopolitiques non homogènes. Sans régulations, l'état de nature sera la règle avec les conséquences que nous savons : la loi du plus fort.
Jean-Luc Hau
le 6 décembre 2011















